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Météorologie d’intérieur
Une architecture interprétable« Météorologie d’intérieur » est le lieu manifeste d’un « Form and function follow climate ». L’installation dans les galeries d’exposition se donne en deux temps : production et interprétation. À ces deux temps sont associées deux pièces. La première pièce est conçue comme un lieu de production et de mesure d’un climat. La seconde pièce est un lieu de lecture et d’interprétation des données climatiques mesurées dans la première pièce. La première pièce pourrait être qualifié d’objective, la seconde de subjective.
Notre propos est de tester une architecture qui ferait apparaître des fonctions comme « un jeu de dés », selon une équation où la concordance de paramètres climatiques (Température T, intensité lumineuse lux et humidité relative HR) généreraient un possible usage de l’espace : T x lux x HR = forme et fonction. La variation de l’environnement climatique produira alors également une variation programmatique. L’installation est une étude des possibilités qu’ont les variations climatiques de l’espace de suggérer librement différentes fonctions et usages de l’espace. Les réponses qui sont données ici ne sont en aucun cas univoque. Ce sont des possibles, ces sont des interprétations, et bien évidemment pas les seules réponses. Nous nous inspirons alors de l’histoire de l’habitat où les données climatiques ont généré des fonctions, à l’instar des pièces peu lumineuses orientées vers le Nord et l’Ouest dans lesquels les tisserands de soie lyonnais travaillaient afin que le soleil ne ternisse pas les teintes des soieries. Où encore cette pièce au nord de la maison du Limousin français, humide et froide, sorte de réfrigérateur archaïque que l’on appelait la laiterie et dans laquelle on conservait le beurre et le lait. Nous nous appuyons aussi sur les préconisations ergonomiques lesquelles conseillent des niveaux d’éclairement ou de température ambiante en fonction de l’activité et de l’habillement ; un travail manuel précis exigeant une intensité lumineuse plus forte par exemple, ou une activité physique lourde appelant une température de l’espace plus faible. Nous faisons référence également aux préconisations thermiques suisses et européennes définies dans l’optique d’une réduction des dépenses énergétiques dans le cadre du développement durable. Quant au taux d’humidité relative, il suggère des lieux, du plus humide au plus sec, de la cave au grenier.
Nous travaillerons sur 3 paramètres climatiques, celui de la température, celui de l’intensité lumineuse, celui du taux d’humidité relative qui seront comme les trois termes d’une équation qui donneront dans leurs conjugaisons un plus grand nombre encore de possibilités. Ainsi les variations de température définiront les variations de l’habillement, entre le nu à 28°C, la tenue légère à 23°C et la tenue d’extérieur à 16°C. Elles définiront le sujet. Les variations d’intensité lumineuse définiront des activités possibles du sujet dans l’espace. Elles seront les verbes qui conjugueront le sujet. Quant au taux d’humidité, il suggérera un lieu comme complément. Ainsi, les trois termes formeront des combinaisons et inventeront certaines actions de certains sujets dans certains lieux, de façon aléatoires, comme invention possible d’usage d’un lieu.
Une géographie d’intérieur
Dans la première pièce, l’espace se conçoit comme une micro géographie, une météorologie d’intérieur, toujours en mouvement. En temps réel, les données météorologiques de l’espace fluctuent, se transforment, se combinent les unes avec les autres pour donner naissance à une variété de moments et de situations climatiques à travers l’ensemble de la volumétrie de l’espace. Reproduisant abstraitement le principe du mouvement de la terre autour du soleil, la source lumineuse de la pièce se déplace à travers l’espace, générant une modification des autres paramètres climatiques avec l’apparition de micro dépressions, de mini phénomènes de convection, de turbulences. Certains points de l’espace sont légèrement plus chauds et plus humides, d’autres légèrement plus froids et plus humides ou alors plus secs. Une géographie en trois dimensions se dessine, toujours en évolution, avec ses zones tempérées, ses zones tropicales, ses zones polaires. Des capteurs sont repartis dans l’ensemble du volume selon une grille spatiale régulière et mesurent en temps réel les variations de l’intensité lumineuse, du taux d’humidité relative, de la température. Nous avons alors une lecture météorologique de l’ensemble de l’espace et de ses fluctuations, à la fois en surface et en hauteur. Ces mesures sont ensuite transmises à la seconde pièce.
La seconde pièce est une pièce de lecture et d’interprétation de ces données. Chacun des points de mesures sont analysés par un ordinateur qui en décrira une situation. Ces situations sont ensuite interprétées selon différents points de vue, physiologiques, sociaux, fonctionnels, etc… Ces interprétations prendront appui au départ sur certaines valeurs physiologiques reconnues, comme la relation entre la température de l’espace (voir par exemple la norme suisse pour la construction SIA 384/2) et le type d’activité du corps ou l’habillement, l’intensité lumineuse et l’activité hormonale, etc.… Mais elles seront ensuite librement interprétées dans des fictions qui imagineront le surgissement de nouvelles pratiques de l’espace, de nouveaux comportements sociaux, de nouvelles formes urbaines et architecturales. Ces situations atmosphériques sont au départ produites comme des éléments d’un langage objectif, « leurs qualifications n’est que spatiales, situationnelles, en aucun cas analogiques » pour reprendre une phrase de Roland Barthes dans son essai « Littérature objective » (Essais critiques, 1964) à propos de l’œuvre d’Alain Robbe-Grillet. Ces situations climatiques produites en temps réel « sont là avant d’être quelque chose » comme en appelle Robbe-Grillet en 1956 à propos des gestes et des objets dans les constructions romanesques futures. L’architecture que nous proposons est ici en amont des significations, c’est–à -dire qu’elle produit du sens mais à l’intérieur même de son langage, à travers l’espace et le temps. Elle n’illustre pas, mais donne matière à illustrer. Elle ne représente pas, mais présente des espaces et des temps, physiques, climatiques, géographiques, physiologiques qui sont ensuite librement interprétables, socialement, culturellement, politiquement, psychologiquement. Et c’est ce que l’on a demandé à l’écrivain Alain Robbe-Grillet lequel est invité, aujourd’hui en 2006, à interpréter subjectivement les différentes situations climatiques qui apparaîtront dans l’espace, comme un renversement de son propre travail.
equipe
Jérôme Jacqminpartenaires
Alain Robbe-Grillet, École Cantonal d'Art de Lausanne (ECAL), École Polytechnique Fédéral de Lausanne (EPFL), fabric | chmaître d'ouvrage
Canadian Centre for Architecture (CCA), Giovanna Borasi et Mirko Zardini, commissaireslieu, date
Exposition "Environment: Approaches for Tomorrow" à Montréal, Canada, 2006^










