6.20082F

REALITES FILTREES


Air de Paris
Projet d’installation de l’antenne parisienne de Voies Navigables De France (VNF), sur un équipement flottant, rive droite de la Seine à Paris

Maîtrise d’oeuvre: Philippe Rahm architectes (collaborateurs : Jérôme Jacqmin, Andrej Bernik, Caroline Spielvogel, Cyril Assaad)
Maîtrise d'ouvrage : VNF - Voies Navigables De France
Lieu : Paris, 8ème arrondissement
Projet: 2008

L’architecture est aujourd’hui confrontée de façon la plus évidente au délitement voire au renversement complet de l’ordonnancement traditionnel de ses catégories et de ses équilibres entre intérieur et extérieur, artificiel et naturel, fermé et ouvert à cause de la pollution et du réchauffement climatique. Si l’environnement extérieur, en dehors de l’architecture, n’est plus naturel, alors pourrions-nous faire l’hypothèse d’une « naturalisation » de l’espace intérieur ? L’architecture pourrait-elle se reconfigurer à travers les enjeux du développement durable et de ses techniques non plus comme le lieu de l’artifice mais de celui du naturel ? Une nature seconde, géologique, chimique où la nature ne serait donc plus dehors de l’architecture mais dedans.

La réalité des enjeux du bâtiment liées au développement durable, leur gestion précise, génère la forme architecturale du bâtiment, son organisation fonctionnelle, mais aussi sa poétique spatiale. Elle constitue des thématiques dont nous amplifions le potentiel jusqu’à inventer de nouvelles typologies architecturales. C’est donc la gestion de l’air dans le bâtiment qui génère la forme et la poétique spatiale du bâtiment de l’antenne parisienne des Voies navigables de France.

Notre projet recompose un terroir en intérieur, dans la nécessité des techniques du bâtiment, gestion de l’air, aération avec récupération de chaleur, gestion de l’eau, récupération des eaux de pluie, chauffage de l’eau chaude sanitaire par panneaux solaires, épuration.  Ce seront des terroirs naturels mais intérieurs caractérisés par une nature du sol et d’un sous-sol, un climat, une exposition, qui donneront ses parfums et son goût à l’air et à l’eau. La pierre calcaire, de différentes sortes extraites des sols traversés par la Seine de sa source jusqu’à la mer, donnera son goût à l’air, tandis que le verre, le polyéthylène et l’acier inoxydable, resteront chimiquement neutres dans cette composition architecturale, olfactive et gustative.

 

RENOUVELEMENT D’AIR

Notre projet se compose ici à partir des exigences de la gestion de l’air (aération douce et automatique avec récupération de chaleur / Minergie, Suisse) afin de réduire par un facteur 4 l’énergie consommée dans le bâtiment. Notre projet thématise cet apport de l’air pulsé dans le bâtiment, en transformant un problème technique de gaine interne et d’acheminement de l’air dans les pièces en principe architectonique, spatial et poétique. La taille de la gaine de ventilation de l’air pulsée est augmentée jusqu’à devenir un espace habitable  qui se glisse, se déforme, se compresse et se détend sur toute la longueur du bâtiment. Plutôt qu’en tôle d’acier galvanisé, ce conduit est construit en pierre calcaire massive porteuse, reprenant sur la longueur, d’Ouest en Est, le parcours géologique de  la Seine, de la mer au bassin parisien, du Havre à Paris, reproduit en miniature. La qualité architecturale que nous proposons est celle d’une atmosphère, d’une odeur, d’un parfum, d’un air, un air de Paris, venant de la mer, de l’Ouest qui se chargera, au cœur du bâtiment, de l’odeur fine de calcaire. Quelques chênes sont plantés dans ce parcours, ajoutant par leur présence une touche végétale dans la composition de ce parfum d’air.


 

 

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