6.20081F

Vaporisation, dispersion, diffusion, allégement, éclaircissement

Constructions sur l’eau
Maîtrise d’oeuvre: Philippe Rahm architectes (collaborateurs : Jérôme Jacqmin, Andrej Bernik, Caroline Spielvogel, Jeanne Guerin)
Maîtrise d'ouvrage : Rhône-Saône Développement
Assistant maître d'ouvrage : Art Entreprise Georges Verney-Carron
Lieu : Lyon, Les Docks, Quai Rambaud.
Projet: 2008

 

L’architecture comme dispersion des bordures : vaporisation de ses structures, évaporation de ses limites. Ne tra­vailler que sur l’atmosphère, sur l’espace, sur l’air, désagréger les limites entre intérieur et extérieur, entre corps et espace, entre physiologie et météorologie, ambiance et sensualité. Ne travailler que sur le vide, sur l’air et ses mou­vements, ses pressions et dépressions, conduction, transpiration, convection. Architecture invisible, transparente, légère et claire comme le design des mouvements d’air : design des température, des taux d’humidités, des pres­sions et dépressions.

Notre architecture est une conséquence plastique et poétique du développement durable appliqué au bâtiment lequel induit un développement des techniques climatiques du bâtiment avec l’objectif de diminuer par un facteur 8 le dégagement de gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Dans cette mission, c’est ef­fectivement les hiérarchies architectoniques qui se déplacent et se transforment. L’accent se place dorénavant sur la maîtrise du coefficient de transmission thermique des matériaux (isolation), de l’étanchéité à l’air de l’enveloppe, des mouvements de l’air (aération douce avec récupération de chaleur, du parcours de la vapeur d’eau, des mouve­ments de convection et de température). Un glissement du structurel vers l’atmosphérique, du plein vers le vide, du terrestre à l’aérien. Et les formes de l’architecture surgissent, selon de nouveaux rapports, de nouvelles typologies, comme un développement poétiques de ces techniques.

C’est aussi une architecture de saison, qui s’habille et se déshabille en fonction des températures, qui s’effeuille, de couche en couche, de l’hiver à l’été.

C’est enfin une architecture qui trouve ses programmes, ses fonctions, ses usages comme un déploiement poétique à travers les variations d’espaces produites par ces nouvelles techniques du bâtiment. Renouvellement horaire de l’air, gestion des taux d’humidité, stratification des températures, ces thématiques sont développées indépendam­ment pour les transfigurer jusqu’à en révéler les qualités plastiques et sensuelles.

Et c’est finalement une relation sensuelle sans limites, entre le corps et l’espace, les sens, la peau, la respiration et le climat, la température et les variations d’humidité et de lumière.

L’artiste Fabrice Hyber intervient dans chacun des projets en développant des oeuvres / produits spécifiques liés aux différentes fonctions proposées sur chaque plateforme et en accord avec leur thématique climatique particulière. Ce travail s’infiltre et se dissémine dans l’architecture, dans l’ameublement, dans le design graphique, dans les objets usuels et provoque avant tout une modification sensuelle de notre appréhension de l’espace, par l’odeur, par le toucher, par le son.

DISPERSION

 

Atmosphère d’air

L’architecture est ici le design d’un mouvement d’air comme un flux d’air habitable: une architecture comme un dessin du vent où les qualités s’expriment en termes de vitesse d’air, de volume, de pulsion et d’extraction comme une transfiguration poétique et spatiale de la question de la ventilation. Notre projet se compose à partir des exigences de la gestion de l’air (aération douce et automatique avec récupération de chaleur / Minergie, Suisse) afin de réduire par un facteur 8 l’énergie consommée dans le bâtiment. Il en thématise le sujet du taux horaire de renouvellement d’air (calculé en m3 d’air par heure). Le renouvellement de l’air intérieur se donne selon un certain taux en fonction de son usage, du nombre d’occupants et de leur activité physique : une faible occupation ou une occupation calme nécessitera un plus faible taux de renouvellement tandis qu’un espace fortement occupé ou dans lequel on a une activité physique ou sportive importante nécessitera un taux plus élevé. Le renouvellement de l’air est nécessaire pour apporter l’oxygène neuf au métabolisme et dont la consommation est multipliée par 500 lors d’un travail musculaire important. Il sert ensuite à évacuer les produits de déchet du métabolisme, H+, CO2 et lactates. De 7,5 litres par minutes environ au repos, le débit ventilatoire s’élève lors de l’activité corporelle jusqu’à 120 litres par minutes. Cette augmentation est possible grâce à une augmentation de la fréquence respiratoire qui nécessite alors une plus grande rapidité dans l’échange entre air frais et air vicié. Il y a donc une relation précise entre la forme de l’espace et la quantité d’air à y apporter et à renouveler, réactivant la question de la ventilation du bâtiment comme force efficiente principale de la forme architecturale. L’architecture se dessine  ici comme un mouvement d’air continu, avec ses affluents qui viennent augmenter la quantité d’air apporté dans l’espace. Le plan se dessine alors graduellement, en cascade, entre les espaces à faible taux horaire de renouvellement d’air (moins occupé et avec une activité musculaire calme) jusqu’aux espaces au taux de renouvellement d’air horaire important (activité sportive) selon un dessin où s’additionnent les pulsions d’air pour arriver aux taux suivants :

Hall :                                       4 fois / heure

magasins:                                10 fois / heure

Toilettes                                  15 fois / heure

Vestiaires de sport                   20 fois / heure

Salles de sport                         25 fois / heure

Douches                                  30 fois / heure

L’architecture se forme comme un vent, un mouvement d’air dont le débit grossit peu à peu selon l’augmentation de la fréquence respiratoire de ses occupants en fonction de leurs activités et de la quantité de vapeur d’eau dégagée.

Au final, l’air est récupéré uniquement dans les douches pour passer dans un échangeur de chaleur double-flux qui extrait  la chaleur de l’air vicié qui sort pour la redonner à l’air neuf qui rentre.

Programme : Fitness, sport shop

VAPORISATION

Atmosphère d’eau

La gestion des taux d’humidité induite par le développement durable est transfigurée dans ce projet pour inventer une nouvelle typologie où l’architecture se forme comme une variation linéaire horizontale, en plan, des taux d’humidité, entre le plus sec au nord et le plus humide au sud. C’est ici la technique de l’aération douce avec récupération de chaleur double flux (Minergie, Suisse) qui est mis en place, laquelle crée un flux continu et constant entre une pulsion de l’air neuf dans les zones les plus sèches au Nord et une extraction de l’air vicié dans les zones les plus humides au Sud. Cette technique permet d’économiser jusqu’à 8 fois l’énergie dépensée dans le bâtiment parce qu’elle permet de renouveler l’air intérieur en minimisant les pertes thermiques. Verticalement, les variations de températures se stratifient en coupe en se construisant selon le principe d’Archimède, entre les couches plus froides en bas et les couches plus chaudes en haut. C’est une géographie architecturale, une géographie de la vapeur d’eau qui se crée, avec ses longitudes d’humidité relative, lesquelles se déforment pour accueillir un programme de spa, de sauna, de hammam. Le corps se déploie en sensation dans l’espace, entre les lieux les plus secs et les lieux les plus humides, entre sauna au nord et les hammams au sud, par les variations d’hydratation, par la respiration, par les différences de température perçues par l’épiderme. Ce n’est donc pas seulement un programme qui est mis en place dans l’espace, mais c’est littéralement une géographie qui se déploie, avec ses zones arides et ses zones humides, ses climats tropicaux, ses déserts, et ses zones tempérées. En été, la ventilation est naturelle, l’enveloppe de verre s’ouvre complètement pour habiter autant que possible le plein air. L’architecture, entièrement en verre, plus ou moins transparent en fonction de l’usage des espaces, apparaît depuis l’extérieur comme un entrelacement de verre où se superposent les  silhouettes plus ou moins dessinées des visiteurs.

Programme : Spa, sauna, hammam, boutiques life style, body shop

 

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