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Maître d'ouvrage : SYMIVA, syndicat mixte régional et interdépartemental de Vassivière-en-Limousin
Architecte : Philippe Rahm
Collaborateur partenaire: Jérôme Jacqmin
Colaborateurs: Irene d'Agostino, Cyrille Berger, Alexandra Cammas, José Maria Silva Hernàndez-Gil, Aurore Lemarinier, Marc Leschelier
Consultants : Weinmann-energies sa, ingénieurs-conseils EPFL-sia-usic, CH - 1040 Echallens
L'étude a pour objectif de reconsidérer un paysage rural dans l'Europe du XXIe siècle, une région dont la raison d'être, à la fois économique et sociale, s'est totalement transformée au cours du XXe siècle. Les nécessités et les moyens humains qui ont prévalu à la composition du paysage sur des centaines d'années et à sa structuration agricole et bâtie ont quasiment disparu en un siècle. Contrairement à d'autres régions, cette transformation ne s'est pas faite dans la continuité mais selon des axes de ruptures radicales. Le territoire de Vassivière, délaissé au XIXe par les moyens modernes de communication, et dont la nature géologique a rendu l'exploitation agricole difficile, n'a pas permis à ses habitants, déjà pauvres et autarciques, de trouver les moyens permettant une évolution moderne de leur mode de production. L'abandon des cultures, l'apparition de friches et l'émigration de la population, ont amplifié ce phénomène de détérioration des structures humaines du paysage jusqu'à sa transformation radicale par la création d'un barrage, qui a transformé la nature du paysage mais aussi sa vocation. D'une utilisation paysanne, la région est devenue une destination à vocation touristique.
Aujourd'hui deux types d'habitations touristiques existent à Vassivière : habiter les bourgs et habiter le bord du lac. La charte tente de valoriser ces deux types en renforçant les qualités et l'attrait de chacun d'entre eux.
L'axe majeur est celui du développement durable. Réduction de la quantité d'énergie consommée, gestion de l'air, de l'humidité, de l'eau et des déchets, utilisation de matériaux locaux pour la construction, substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables. La charte architecturale est une charte technique quant à la définition d'une architecture répondant à un développement durable. Mais elle est aussi un projet, celui de faire de Vassivière le lieu pilote d'une redéfinition contemporaine de l'espace et du paysage, traversant les échelles, du macroscopique au microscopique, du visuel au sensuel, du géographique au physiologique.
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Formaliser l'invisible
Vers une typologie formelle des techniques du bâtiment / 2 projets de résidences de vacances à Vassivière dans le Limousin
Philippe Rahm
Résidences de vacances, Vassivière dans le Limousin, France, 2005
Maîtrise d'ouvrage : SYMIVA (Syndicat mixte interdépartemental et régional de Vassivière)
Maîtrise d'œuvre : Philippe Rahm, architectes (Philippe Rahm, Jérôme Jacqmin, collaborateurs : Cyrille Berger, Alexandra Cammas, Irene D'Agostino)
Air, chauffage, ventilation, renouvellement d'air sont autant de paramètres invisibles qui constituent toujours davantage l'espace contemporain. Notre projet est ici d'inverser le processus de composition architecturale en déterminant d'abord la technique du bâtiment mise en place pour ensuite lui trouver une mise en forme en conséquence. L'espace architectural, libérée de ses contraintes programmatiques, se développe alors selon des constituants climatiques, sensuels et physiologiques.
L'introduction dans le bâtiment des paramètres liés au développement durable ne doit pas se limiter à une question technique. Elle doit générer de nouvelles formes et de nouveaux modes d'habitation. L'ambition est ici de développer de s typologies d'habitat, qui ne sont pas basées sur une planification moderne de l'habitat, avec ses répartitions jour / nuit, intime/ public, mais selon des constituants sensuels et physiologiques dans le rapport au paysage induit par les techniques liés au développement durable (chauffage, ventilation). À l'homogénéité du climat intérieur de la modernité, nous en appelons à la diversité des climats intérieurs comme autant d'espaces et de sensations différenciées. Habiter est ici le projet de mettre en place un univers intérieur riche de variétés climatiques, produisant une variété de sensations dans lesquelles l'habitant s'immerge.
Notre architecture propose d'engager de nouvelles relations au paysage, à la fois sensuelles, physiologiques et énergétiques. Trois types d'habitats sont développés établissant chacun des relations privilégiés avec un élément de nature (eau, air et terre). Et ce rapport, sans aucune dimension symbolique, s'étend du paysage au chimique, de la vue à la respiration.
Habiter l'humidité du lac, habiter la fraîcheur de la terre, habiter la stratification de l'air selon sa densité , deviennent des thématiques architecturales et techniques dont nous développons la forme jusqu'à établir une relation paysagère et chimique, gastronomique et physiologique, entre la nature et le bâti. Ainsi, le paysage du lac et son eau s'enchaînent avec la gestion du taux d'humidité relatif de l'air de l'espace intérieur en fonction de l'usage de l'espace ainsi qu'au niveau du mode de chauffage par pompe à chaleur eau/eau puisant dans le lac l'énergie. Habiter dans l'air en habitant les différentes strates de la chaleur dans la maison, entre des espaces plus froids en bas et plus chauds en haut.
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1-Résidences-Mollier
Habiter l'humidité
Ce projet révèle et qualifie une relation invisible mais néanmoins obligée entre l'espace intérieur et l'humidité. Il cherche à transformer un problème de physique du bâtiment en une question d'architecture, jusqu'à devenir la cause efficiente de la forme. Il établit, dans les contraintes même des équipements techniques du bâtiment, des relations nouvelles, sensuelles et physiologiques, entre l'habitant et l'espace. Il veut aussi engager des liens plus étroits avec le paysage lacustre de Vassivière dans le Limousin, des liens physiques et chimiques, en se posant dans la matérialité même du territoire, dans son humidité.
En habitant un intérieur, l'occupant produit de la vapeur d'eau et cela, non pas de manière homogène, mais selon la fonction de l'espace, selon l'activité humaine pour laquelle sera destinée en priorité une chambre. La respiration naturelle des occupants et l'utilisation d'eau chaude sont à l'origine de la présence de la vapeur d'eau dans l'air et des risques de condensations et de dommages sur la construction qu'elle entraîne. Si la seule réponse à la présence excessive de la vapeur d'eau dans l'espace intérieur est aujourd'hui donnée par la banalité des systèmes techniques de ventilation, nous proposons ici de formaliser l'espace en fonction de la vapeur d'eau elle-même, comme ouverture à une relation profonde et complexe entre l'habitant, son corps et le vide selon ses caractéristiques physiques et chimiques. Ainsi, c'est à travers la variation du taux d'humidité relative que se dessine notre architecture et se formalise les espaces de l'habitation, du plus sec au plus humide, de 20% à 100% d'humidité relative. C'est dans la teneur en vapeur d'eau que prend corps la qualité de l'architecture, comme l'immersion réelle et charnelle du corps des habitants dans le corps humide et variable de l'espace. Notre projet établit une stratification spatiale du taux d'humidité. Une personne endormie produit environ 40 grammes de vapeur d'eau par heure (la chambre) tandis qu'elle produit jusqu'à 150 grammes/heure en activité (le séjour). L'utilisation d'une salle de bain dégage jusqu'à 800 grammes en 20 minutes et celle d'une cuisine 1500 grammes par heure. A la manière d'une poupée russe, l'habitation se conçoit selon le parcours du renouvellement d'air dans la maison, du plus sec au plus humide, du plus neuf au plus vicié, de la chambre à coucher à la salle de bain. Mais notre projet refuse la programmation fonctionnelle de l'espace selon des activités spécifiques. Il crée des espaces plus ou moins secs, plus où moins humides, à occuper librement, à s'approprier en fonction du temps et des saisons.
Le plan de la maison est une spatialisation du diagramme de Mollier, créant de nouvelles correspondances programmatiques, où un même espace peut accueillir des fonctions à priori séparées. Le projet amplifie aussi la stratification hygrométrique au paysage, intégrant la présence physique de l'eau du lac et l'humidité naturelle extérieure comme l'une des chambres de la maison, à 100% d'humidité. Les habitations se regroupent en ligne, se déployant sur une ancienne côte d'altitude du relief naturel, englouti sous la surface du lac artificiel.
Chambre 1 / 0% à 30% HR : séchoir, sauna
Chambre 2/ 30% à 60% HR : chambre, bureau
Chambre 3/ 60% à 90% HR : salle de bain, séjour, cuisine
Chambre 4/ 90% 100% HR : séjour, piscine
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2 Résidences - Archimède
HABITER L'AIR
Le modèle d'habitation qui est proposé ici est celui d'une architecture qui se développe à travers une relation à l'air. Ce qui est recherché est un lien à la fois paysager et chimique, énergétique et spatial d'une architecture dans la forêt. Le projet cherche à établir une relation intrinsèque entre la maison et l'air, en spatialisant les fonctions de l'habitation (dormir, séjourner, se laver, etc…) dans la matière même de l'air, dans sa densité, sa température, ses déplacements. Il s'agit de construire une architecture de l'air, d'organiser la maison en fonction des besoins physiologiques de l'habitant en relation avec son activité corporelle, avec sa nudité. Il s'agit aussi d'établir un lien physique avec l'espace extérieur, avec la nature de l'espace dans la corporalité de l'air. C'est une architecture verticale qui se déploie dans le ciel. À une relation seulement visuelle entre l'homme et la nature, sont associées des relations physiologiques, sensuelles, par le contact de l'air sur la peau, par la respiration. Ce qui apparaît est une nouvelle organisation de la maison, qui ne se structure pas selon une organisation fonctionnelle moderne (jour/nuit, public/privé) mais selon le besoin spécifique en chaleur de chaque espace. En cela, il s'agit d'assurer le confort thermique de l'habitat mais aussi de projeter architecturalement des lieux où la température intérieure est adaptée à l'activité et à l'habillement des occupants. La modernité a déterminé des espaces homogènes et moyens, où la température est normalisée autour de 21°. L'ambition est ici de redonner une diversité dans le rapport que le corps entretient avec l'espace, avec sa température, de permettre des transhumances au sein même de la maison, des migrations entre le bas et le haut, le froid et le chaud, l'hiver et l'été, l'habiller et de déshabiller. Le principe est ainsi de construire une maison sur la qualité thermique même de l'espace et d'enrichir la relation sensuelle entre l'habitant et son environnement. Pour qu'une personne se sente à l'aise dans un local chauffé, il faut qu'il y ait un équilibre dans les échanges de chaleur se produisant par convection entre son corps et l'air ambiant. Cet équilibre est bien évidemment relatif à l'habillement, entre la nudité de la salle de bain, la protection thermique des couvertures du lit, les vêtements légers que l'on porte dans le séjour. Aujourd'hui, face à la volonté d'économiser les ressources énergétiques, il s'agit d'installer pour chaque bâtiment, mais aussi chaque local, la puissance thermique nécessaire afin de ne dépenser en énergie seulement ce qui est strictement nécessaire. La norme suisse SIA 384/2 donne ainsi les valeurs indicatives de la température ambiante suivante :salle de bain: 22°C
séjour: 20°C
cuisine 18-20°C
chambre: 16-18°C
Le plan et la coupe de la maison se dessinent alors en fonction de la forme que prend l'air dans la toute la hauteur de la maison, selon ses déplacements verticaux en fonction de sa température et des fonctions que cette dernière suggère. L'air chaud aura tendance à monter. Il est habituel de trouver dans une pièce chauffée des différences de température entre le bas et le haut, 21° à un mètre du sol, 27° au niveau du plafond. Il en résulte bien évidemment un gaspillage d'énergie vis-à-vis de la température demandée qui est celle de 21°. Le principe de l'ascendance de l'air chaud est lié à celui de la densité. L'air chaud étant moins dense, il monte en altitude selon le principe d'Archimède.
"Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide déplacé et appliquée au centre de gravité de ce corps"...
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Archimède (240 av. JC)
Le mouvement vertical vers le haut est appelé ascendance alors que le mouvement vers le bas est appelé subsidence. C'est ce principe de convection qui est utilisé dans ce projet. Comme pour une montgolfière, la convection est déclenchée par le réchauffement de l'air froid sur une surface chaude. En l'occurrence, l'air est introduit à la base de la maison, au rez-de-chaussée. Dans cet espace, il se frotte sur un radiateur dimensionné à l'échelle de la maison. Il n'y aura pas d'autre radiateur dans la maison. L'air, devenant plus chaud au contact du radiateur, devient plus léger. Un mouvement ascendant s'amorce. Ainsi, les différences de température se stratifient dans la hauteur de la maison, avec un rez-de-chaussée à 16°, un premier étage à 18°, un deuxième étage à 20° et un dernier étage, tout en haut, à 22°. Les fonctions prennent place ensuite naturellement sur cette stratification du plus froid en bas au plus chaud en haut, les WC, la buanderie au rez-de-chaussée, la chambre à coucher au 1er étage, le séjour et la cuisine au deuxième étage, la salle de bain au troisième étage.
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