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Peinture placebo©
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Biologie du placebo
Par Dr. Patrick Lemoine, psychiatre.
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Judicieusement prescrit à un sujet mis en confiance, un placebo convenablement dosé sur le plan relationnel peut s'avérer capable de modifier significativement le nombre de globules blancs, le taux de cholestérol ou la tension artérielle. Quelle est donc cette poudre de perlimpinpin susceptible d'agir sur l'organisme alors qu'elle est par principe dénuée de tout principe actif ? À l'aide de quels mécanismes intimes, l'homme peut-il influencer le cours d'une maladie organique par la simple vertu de son imagination ?
Certes, il semble concevable que des facteurs comme le conditionnement social, la relation interpersonnelle, l'auto et l'hétéro suggestion puissent exercer des influences non négligeables. Le cerveau humain ne serait-il rien d'autre qu'une énorme glande destinée à sécréter une hormone particulière, la pensée ? Cette affirmation paraît difficile à soutenir puisque l'animal aussi bien que le nourrisson s'avèrent eux aussi sensibles à l'effet du placebo. Alors, par quels canaux, quels fonctionnements microscopiques, l'organisme déclenche-t-il une cascade de réactions susceptibles d'aboutir à de parfois spectaculaires guérisons ?
Personne, à l'heure actuelle, n'est capable de répondre de manière complète à cette épineuse question. Pourtant, un certain nombre de débuts d'explications commencent à émerger. On sait par exemple que notre corps, en cas d'agression, met en route toute une série de phénomènes aboutissant à la fabrication de substances naturelles qui représentent autant de médicaments auto-sécrétés. C'est ce que l'on appelle les endo-substances. Un certain nombre d'entre elles sont connues, isolées et ont même permis de synthétiser des remèdes. Citons par exemple les endomorphines et les enképhalines aptes à lutter contre la douleur et à donner du plaisir, les endo-antimitotiques capables de lutter contre le cancer, les endo-antibiotiques en mesure de détruire les microbes, les endo-tranquillisants, les endo-somnifères. La liste est loin d'être exhaustive et beaucoup reste à découvrir. Toujours est-il que le placebo fonctionnerait en déclenchant la libération de ces endo-substances thérapeutiques.
Il est donc scientifiquement concevable qu'une pièce peinte avec un placebo de somnifère, une tisane à dose homéopathique par exemple, favorise le repos d'un sujet consciemment ou non convaincu de sécréter un endo-hypnotique. De la même manière, une pièce décorée avec un placebo d'aphrodisiaque pourra améliorer les performances amoureuses en augmentant la libération des endomorphines qui ne sont rien d'autre que les substances naturelles de l'extase.
P.L.
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Chambre au gingembre / Chambre à la fleur d'oranger
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Pendant irrationnel au fabuleux développement scientifique du génie génétique et des thérapies chimiques, les formes dites naturelles de médecines et de soins connaissent un formidable essor : aromathérapie, homéopathie, remèdes à base de fleurs, mais aussi parfums anti-stress, boisson dépurative au jus de bouleau, crème de massage relaxant au tilleul, huile hydratante tonique au maté vert et au gingembre. Irrationnelles car sans assises scientifiques, inquantifiables et irreproductibles expérimentalement, les médecines douces et autres méthodes naturelles de soins apparaissent comme l'expression d'une pensée superstitieuse célébrant l'harmonie des sens, l'écologie et une certaine forme d'humanisme en résistance vis-à-vis de la technicité réductive de la science moderne. Si l'on veut échapper à la pensée magique pour comprendre et accepter rationnellement les médecines douces, il nous faut recourir à la notion scientifique de placebo, laquelle, si elle reste encore largement mystérieuse, permet de cerner certains mécanismes neurobiologiques et endocriniens à l'oeuvre dans ce type de soins. Le placebo stimule la production de substances endogènes : en cela, et parce qu'il n'agit que selon la disposition psychologique individuelle, le placebo apparaît comme une clé humaniste dans la nature organique de l'homme. Il est en cela l'expression d'un libre-arbitre. Face à la désemparente simplicité d'action de la génétique et à sa terrible efficacité, face à sa réduction effective de la nature humaine à l'organique, la notion de placebo réinjecte dans un cadre scientifique la part d'humanisme et de liberté qui semble battre de l'aile depuis quelques années. La Peinture placebo© que nous présentons pour l'exposition au Musée d'art moderne de la ville de Paris est de l'ordre de la stimulation propre au placebo. En intégrant dans de la peinture blanche industrielle une dose infinitésimale de gingembre ou de fleur d'oranger, nous cherchons à qualifier la destination d'une pièce en dehors de toutes représentations visuelle ou plastique. Ainsi, nous proposons, pour recouvrir les murs d'une chambre à coucher, une peinture contenant une haute dilution de fleur d'oranger à 1 / 1030, soit 15 CH. À un tel taux de dilution, aucun principe actif ne peut plus être mis en évidence selon la pharmacologie universitaire. La Peinture placebo© ne dégage aucune autre odeur que celle, industrielle, à la base du produit. Elle ne se singularise pas non plus par une couleur particulière. Inodore, invisible, la Peinture placebo© agit uniquement selon l'effet placebo en qualifiant psychologiquement l'espace. À côté de la chambre à coucher, nous proposons une pièce de stimulation érotique recouverte d'une Peinture placebo© contenant une dilution de gingembre à 15 CH. Notre ambition est d'agir en amont des apparences sensibles, une sorte d'architecture infra-fonctionnaliste, générant ses formes dans l'espace neurologique et endocrinien du corps. La chambre à la fleur d'oranger sera relaxante. La chambre au gingembre sera un lieu chargé d'érotisme./
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Peinture placebo©
Installation
- Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, France, 25 octobre 2001 - 6 janvier 2002
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Décosterd & Rahm, associés
Collaboration : Eva Jospin
avec le Dr. Patrick Lemoine
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Conception graphique : Optimo / Dr. K7
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Musiques placebo à 1 / 1030 dB ( 0,000000000000000000000000000001 dB )
composées par AIR ( J-B Dunckel - N. Godin ) :
1 / 1-MP© fleur d'oranger 16 :39 ( J-B Dunckel - N. Godin )
2 / 1-MP© gingembre 06 :69 ( J-B Dunckel - N. Godin )
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Peinture placebo©
Peinture placebo© gingembre 15 CH
Peinture placebo© ?eur d'oranger 15 CH